hamac aux histoires

Au fil de l’eau

Matin de printemps. Les branches roses du cerisier du Japon, dansent devant ma fenêtre ouverte. Les rayons de soleil, les parfums des fleurs viennent me dire qu’il est temps de partir en voyage. Mon baluchon est prêt depuis longtemps. J’attendais le bon moment, et c’est ce matin.

Je grimpe dans la barque qui patientait sur la rive au fond du jardin. Je saisis les rames et m’élance. Cela secoue un peu au départ, le temps de trouver mon équilibre, une fois à gauche, une fois à droite ; suivre le courant accélérer, ralentir au gré de l’eau, se laisser porter , toujours en équilibre. L’onde s’apaise, se laisser glisser et trouver la paix, la sérénité.

Au bord de l’eau, sur la rive , se tient une petite fille qui me regarde. Comme si elle m’attendait. Je m’approche, elle monte dans la barque, sans rien dire. Elle s’assoit, me tournant le dos, face au paysage, en silence. Peut-être s’est-elle perdue, peut-être cherche-t-elle sa mère ?

Nous voguons au fil de l’eau, et je lui montre les beautés du paysage, là un arbre en fleur, ici un château médiéval, tantôt une cascade, par là un rocher monstrueux. Elle observe, les yeux grands ouverts. Et nous flottons au gré des merveilles alentours. Sa bouche reste fermée, mais ses yeux sourient émerveillés.

Je lui propose alors de se retrouver de temps en temps pour écrire des histoires avec elle. D’un coup, elle se retourne, me fixe droit dans les yeux, et ses mots sortent :  » C’est vrai, tu ferais ça pour moi ? » Tout son visage rayonne. Je lui prêterai du temps et ma main, elle me donnera des idées, des histoires sur tout ce qu’elle voit. Elle sourit quand je la dépose devant son jardin au bord de l’eau. Je vais continuer mon voyage. Mais je reviendrai souvent m’asseoir sur un rocher, un cahier à la main, pour écrire, avec elle, nos histoires.

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Le départ

Ils sont partis hier soir. Je savais qu’ils devraient partir un jour, c’est dans l’ordre des choses de la vie. Je m’y étais préparée, nous en avons beaucoup discuté. C’est le choix de mes enfants et ils sont grands maintenant.

Pourtant, quand ils ont franchi les portes de la maison, j’avais une grosse boule dans le ventre. J’aurais aimé les retenir, les garder encore un peu, vieillir auprès d’eux jusqu’à l’arrivée d’éventuels petits enfants. Mais ma maison est trop petite, je dois libérer les chambres.

C’est en famille que nous avons choisi leur nouvel hébergement. Je sais qu’ils sont attendus ailleurs. Qu’on va bien prendre soin d’eux.

Je les regarde partir avec une certaine émotion. Une page se tourne.

Au-revoir les playmobils et M. Patate.

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Chez Paul

Elle est là, assise face à la mer. Des heures déjà qu’elle se tient dans la même position. Elle n’a pas bougé. Assise à même le sol, contre un rocher, les genoux repliés contre sa poitrine, sa tête reposant dessus. Elle fixe la mer.

J’habite une maisonnette donnant directement sur le chemin des douaniers sur la côte nord bretonne. Ma maison d’un côté du chemin, elle de l’autre, assise entre la mer et moi.

Des heures déjà. Mais pourquoi ? Comment peut-on rester là aussi longtemps ? Qu’est-ce qui pousse une personne à s’arrêter ainsi ? Un défi ? Un stage individualisé de médiation ? N’a-t-elle pas une vie qui l’attend quelque part ?

Le jour décline, elle ne bouge pas.

Je décide de m’approcher doucement. Je ne veux pas l’effrayer.

  • Souhaitez-vous vous abriter chez moi pour la nuit ? J’habite en face. Ça fait des heures que vous êtes assise là. Il est trop tard maintenant pour rentrer à pied. Peut-être souhaitez-vous que je vous raccompagne à Perros Guirec ?

Elle se tourne vers moi et me regarde comme si elle sortait d’un songe, les yeux pleins de larmes, le visage humide.  Elle regarde ma maisonnette, se lève et sans rien dire, me suit. Sans bagage, sans rien que sa tristesse.

  • Ce n’est pas grand, mais vous serez protégée du froid et vous pourrez reprendre votre chemin demain matin.

Pas facile de discuter tout seul. Je lui présente la maison, on en a vite fait le tour, je n’ai qu’une grande pièce, une chambre et une salle de bain attenante.

Puis elle se pose devant la fenêtre et regarde la mer comme si elle ne l’avait pas assez vue pour aujourd’hui. Elle doit avoir la quarantaine, pull, jean, brune, queue de cheval. Elle  marche sûrement depuis un bon moment. Ses baskets sont épuisées.

Elle saisit le mug que je lui apporte et boit la soupe chaude, toujours face à la mer. Toujours en silence. Quelle réponse peut-elle chercher ?

La nuit est là.

Elle s’approche doucement de la cuisine :

  • Merci, murmure-t-elle.

Elle lave son bol dans l’évier. Elle ne souhaite rien d’autre.

  • Vous devez être fatiguée. Je vous ai préparé ma chambre, je vais prendre le canapé. Ne vous méprenez pas, je ne le fais pas par galanterie, pas mon genre, c’est juste que je n’ai pas l’habitude de me coucher si tôt. Vous avez des  couvertures dans le placard si vous avez froid, et je vous ai mis un tee-shirt sur le lit pour la nuit.

Elle me regarde, ses yeux sont verts. Elle me remercie d’un sourire fragile.

  • Au fait, je m’appelle Paul.

Elle ne dira pas son prénom, et comme un fantôme, elle quitte la pièce.

J’ai eu beaucoup de mal à m’endormir, trop de questions tournaient dans ma tête.

Au petit matin, je suis parti chercher du pain frais au village. Quand je suis revenu, la porte de la chambre était ouverte, sur la table du séjour, un mot. Merci.

Et puis plus rien, personne. Que la vie qui continue et reprend son cours.

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Un conte d’aujourd’hui

En cliquant sur le lien suivant, vous pourrez lire Un conte d’aujourd’hui. Une histoire pour les enfants, mais pas que, une histoire pour aborder avec eux le coronavirus, une histoire écologique.

Le conte est sans dessin afin que les enfants l’illustrent eux-mêmes au gré de leur imagination.

Si cette histoire vous plaît, vous pouvez la partager.

Bonne lecture

hamac aux histoires·sur le sofa

Pour lui

Je me plains tout le temps. C’est comme ça. C’est ma nature. Quand le réveil sonne, je me plains quand mon café est trop chaud, quand il pleut, quand je râte mon métro, dans les bouchons, au feu rouge, quand j’arrive en retard, quand j’ai trop de travail, quand je n’en ai pas assez, après mon patron, quand j’ai oublié d’acheter du pain, dans la file d’attente, à la mauvaise caisse, quand les enfants font trop de bruit, quand ce n’est pas rangé, quand c’est trop cuit, quand je me couche trop tard. Je me plains quand je fais mes bagages, quand le linge traîne, quand le téléphone sonne. Je me plains tout le temps au quotidien, presque sans m’en rendre compte.

Et là, là, confiné depuis une semaine, je pourrais me plaindre de ne pas sortir, de ne pouvoir faire des courses, de tourner en rond, de rester chez moi. Je pourrais me plaindre. Mais je pense à toi, petit bonhomme, confiné chez toi alors que ton père te bat, que ta mère s’efface de peur de s’en prendre une aussi. Confné avec ton bourreau. Plus d’école pour t’échapper, plus de copains pour t’égayer. Confiné avec lui. Comment vas-tu faire ? Comment vas-tu finir ?

Alors pour toi, je range mes plaintes et mes rancoeurs et je souris. Je souris.

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Le fléau

18h. Je rentre chez moi. Je sais qu’il est là. Au fond, dans le coin du salon. Il attend patiemment.

Pour le moment, j’ai des tas de choses à faire, vérifier les devoirs, doucher les petits, préparer le dîner, gérer les soucis, réconforter, discuter. Je n’ai pas le temps de penser à lui. Il le sait. Ce sont d’abord les enfants qu’il attend.

19h. Ils tournent déjà autour de lui. Dans le coin sombre. C’est leur heure. Juste avant de manger. Déjà son murmure  se diffuse doucement dans le calme de la maison. Pour l’instant tout est encore paisible, cela ne va pas durer. Il va bientôt engendrer du stress, de l’énervement, des désirs qui ne sont pas les nôtres, des disputes et des cris au moment de passer à table.

Il m’attendra, comme chaque soir, après le dîner quand les enfants seront couchés, quand j’aurai fini la vaisselle. Il va lentement m’hypnotiser, me faire miroiter plein de choses, m’angoisser, m’empêcher de penser par moi-même, tuer petit à petit mon libre-arbitre, nuire à mon sommeil. Et Je serai encore plus fatiguée, encore plus fragile face à lui.

20h30. Il est là dans le coin sombre de mon salon, il m’attend près du canapé. Comme chez vous. Comme chez tout le monde.

Le poste de télévision.

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Papoti dans la classe

Un matin printanier dans la classe. Ce matin, ils n’ont pas vraiment envie de m’écouter. Je leur présente un nouveau livre à « l’heure de l’histoire », mais ils ne sont pas dedans. Il y a des matins comme ça, ça arrive. Alors plutôt que de crier, je me mets à les écouter. Je laisse traîner mes oreilles dans leurs conversations d’enfants. Je m’arrête sur Nourredine et Manuella, assis au sol du coin regroupement, tous deux très concentrés sur leurs aventures :

« Moi, ma maman, elle est méchante, dit Manuella.

  • Elle est méchante ta maman ? demande Nourredine
  • Oui, elle est méchante parce qu’elle tape fort.
  • Moi aussi ma maman, elle est méchante, elle tape fort.
  • Des fois elle tape fort, des fois elle tape pas fort.
  • Et ben moi, mon papa, des fois, il tape avec la c…. »

Et le mot chuchoté s’éteint dans le brouhaha. Pas étonnant que mon histoire sur les arbres ne les intéresse pas ce matin.

Des familles que je vais devoir prendre en RDV, pour leur raconter, leur expliquer, leur conseiller de lire les quelques livres que nous avons sur la parentalité. Les liront-ils ? M’accuseront-ils de me mêler de ce qui ne me regarde pas, que dans leur culture c’est comme ça ? Que leur enfant le mérite bien ? Les enfants se feront ils gronder ou taper pour avoir parlé à l’école ?

Si seulement j’avais une loi claire interdisant tout geste de  violence éducative sur laquelle m’appuyer pour protéger mes petits élèves de 3 et 4 ans.