Dans la forêt

La voix des arbres – jour 2

Je suis un arbre parmi tant d'arbres.
Nous sommes des millions comme vous sur la planète.
Des millions et pourtant chacun est unique, a son unicité propre comme vous. 
Vous avez votre ADN, vos empreintes digitales.
 Nous avons nos racines, notre sève, notre tronc.
Vous avez votre couleur de peau, vos cheveux, vos yeux.
Nous avons notre feuillage, notre branchage, notre écorce.
Vous avez votre passé, nous avons le nôtre.
Votre futur est menacé, le notre aussi.
Mais vous, vous pouvez faire quelque chose.
Nous nous ne pouvons que vous regarder, 
nous détruire tous, 
ou nous sauver tous. 

Vous ne vous supportez pas d'un pays à l'autre.
Nous arrivons à vire ensemble depuis la nuit des temps.
C'est pourtant simple : 
il suffit de vivre dans la simplicité,
dans la juste mesure,
dans le respect de l'autre,
dans le partage des biens.
Aidez-nous,
Aidez-vous. 
Dans la forêt

La voix des arbres – jour 1

Nous sommes là depuis la nuit des temps, depuis le commencement, avant vous. 
Avant tout autre forme de vie. 
Depuis la création. 
Quand tout a commencé.

Nous demandons le respect, le respect de nos vies, de la terre. 
Nous sommes les racines du monde sans qui rien ne peut survivre.

Vous nous arrachez pour faire des meubles, de la surproduction alimentaire.
Vous nous apportez le  bruit qui nuit à notre communication.

Laissez-nous en paix. 
Sans nous, vous n'êtes rien que des êtres assoiffés.

Nous sommes la vie. 
Si vous aimez la vie, aimez-nous aussi. 
hamac aux histoires

Un choix d’amour

Faire un choix, c’est renoncer. renoncer à une projection, une part de rêve, un bout de soi-même.

C’est accepter de remettre à plus tard. Laisser filer un chemin et en prendre un autre. Les deux se retrouveront ailleurs, plus tard. Etre là aujourd’hui pour ceux qu’on aime et qui ont un vrai besoin de nous, parce que c’est ce qui compte.

Et alors savoir pourquoi on fait ce choix. Ne pas l’oublier, ne jamais l’oublier.

Une petite histoire ci-jointe pour accompagner cette réflexion :

Merci à Marie-Laure, Pascale et Gaëlle pour l’inspiration 😊

coin des mamans·coin des petits·tapis du bonheur

Le Yes day

Yes Day - film 2021 - AlloCiné

Nous adorons passer nos vendredis soir autour d’une pizza maison et d’un film choisi ensemble. Nos enfants grandissant, nous sommes passés de Bob l’éponge aux films pour préado. C’est ainsi, qu’il y a deux semaines, nous avons regardé le Yes day, film ado américain. Le sujet du film est simple : pendant une journée, les parents doivent dire oui à tout ce que leur proposent leurs enfants. Evidemment, dans le film tout part en cacahuète.

En allumant notre téléviseur ce soir là, nous n’avions pas envisagé que la première chose que les enfants nous diraient une fois le film terminé : « Et si on faisait … un yes day ? »

Ben voyons… Ben voyons …

L’anniversaire de notre deuxième, 12 ans, tombant, encore une fois pendant le confinement, nous avons cherché une journée originale. Nous avons donc accepté ce Yes day. Les enfants étaient fous de joie. Et nous, nous prenions très peu de risques : confinement à 10 km, pas de copains, un dimanche sans magasin, pas de Mickeyland en vue. Un Yes day sous contrôle.

Les enfants avaient établi le programme, des règles pour les parents (1H maximum de téléphone par jour, dire non ou crier signifie une disqualification, si les deux parents sont disqualifiés, les enfants gagnent le droit d’avoir leu propre chaine Youtube), et nous des règles pour les enfants (limite sonore, limite en euros, pas de dégradation, pas plus d’une journée).

Ainsi avons nous passé la journée à faire du vélo, à construire un parking géant pour les petites voitures : garer toutes les voitures de la caisse, et les faire rentrer une à une le soir dans la caisse (il ne manquait que l’odeur du cuir de la voiture et les coup de gueule de mon mari, et on se croyait sur l’autoroute A13, un dimanche soir), à faire un concours de Légos (une réalisation sur le thème des méchants à créer en 30 mn), un concours de danse (je n’ai jamais vu mon mari danser comme ça), manger Mac Do à midi, et des pates carbo le soir, cuisiner un gâteau au chocolat, et finir par une soirée jeux de société.

Nous avons tolérés qu’ils n’aident pas au quotidien de la maison, 2h d’écrans dans la journée, les sauts sur le canapé, les spaghettis avec les doigts, les doubles cheeseburgers, les jeux jusqu’à minuit, l’excitation dans le salon, les disputes où nous n’intervenons pas, le vélo en tee-shirt par 9°C extérieur.

Les avantages :

  • nous avons passé 90% de notre journée avec nos enfants, sans les partager avec nos téléphones, emploi du tems, contraintes. Nous avons été entièrement présents pour eux
  • nous avons découvert que nos enfants sont super raisonnables (trop peut-être)
  • j’ai vu que ma limite première est la fatigue (jouer à 23h à Blanc Manger Coco junior devient difficile) et celle de mon mari est la nourriture (ne pas pouvoir reprendre des pâtes l’a disqualifié)
  • nous avons découvert que si nous ne les rappelons pas tout le temps à l’ordre, ils faisaient les corvées d’eux mêmes : tous les jeux sortis ont été rangés sans rien demander
  • nous avons dû modifier notre façon de parler et transformer nos phrases négatives en phrases interrogatives.
  • nous leur avons donné le pouvoir du oui
  • nous avons passé une excellente journée en famille

Les inconvénients : aucun

Petits conseils pour les parents qui souhaiteraient tenter l’aventure :

  • pour les parents joueurs, regarder le film en famille et sauter dans l’aventure ; pour les plus frileux, regarder le film avant de le montrer aux enfants (il montre la version que nous n’avons pas vécue)
  • commencer un dimanche de confinement
  • faites confiance à vos enfants et amusez-vous

tapis du bonheur

Un autre regard

Nous aurions dû fêter la journée en famille, autour d’un repas pantagruélique. Nous nous serions retrouvés, nous aurions ouvert le champagne, nous aurions discuté, nous n’aurions plus faim dès l’apéro, nous aurions goûté des mets délicieux, les enfants auraient battu leur record de chocolats ramassés à la chasse aux œufs, il aurait fait beau ….

Nous aurions dû, mais …

Ecouter un concert d’oiseaux à l’aurore

Méditer dans un endroit paisible

Aller chercher les croissants tout chauds du petit déjeuner

Chercher les œufs encore en pyjama

Cuisiner un gâteau avec les enfants

Sentir l’odeur du poulet cuisant dans le four

Ouvrir une bonne bouteille de vin

Faire une sieste sans scrupules ni complexes

Sortir à vélo dans la forêt

Observer la floraison des bourgeons

Découvrir un nouveau chemin

Prendre la plume et dessiner

Prendre soin de son jardin ou de son intérieur

Prendre soin de soi …

Nous aurions dû, et cela ne remplacera pas l’absence des proches, mais ne pas regarder le verre à moitié vide, le remplir de tout ce que le présent peut nous offrir au quotidien.

Tout est une question de regard.

hamac aux histoires

Et hop !

Ouh là ! Oups ! Hop ! Je saute, je file, je saute, je suis mon chemin, rien ne peut m’arrêter. Hop ! Je saute, je file ! Je vais toujours plus vite, plus haut !

Tiens un lapin ! Je le suis sur le chemin. Il bondit, je bondis. Nous sautons par dessus les fleurs, les cailloux.

Et maintenant un kangourou. Je saute avec lui, toujours plus haut ! Plus je saute haut, plus je grandis !

Et je vois ce que voient les adultes, de leur monde d’en haut. Avec leurs grands yeux d’adulte, tout parait plus petit : les fleurs, les flaques d’eau, les haricots verts.

Je saute maintenant plus haut que les adultes. Je suis plus grand qu’eux. Je voudrais toucher les nuages.

Hop ! Je saute, je file, je saute toujours plus haut ! Aussi haut que les nuages ! C’est alors qu’une branche d’arbre m’attrape par la capuche.

« Pourquoi sautes-tu comme ça ? me demande l’arbre.

_ Je veux grandir, je veux être grand come les adultes, je ne veux plus être petit.

_ Pourquoi ne veux – tu plus être petit ?

_ J’ai envie de savoir, de bouger où je veux, de découvrir de nouveaux horizons, de connaître tout sur tout, de faire ce que je veux !

_ Tu découvriras rapidement que les adultes ne font pas tout ce qu’ils veulent. Eux aussi ont des lois et des contraintes, ils les choisissent plus ou moins, mais elles guident leurs pas. Ne préfères-tu pas ton insouciance d’enfant ?

_ Ce n’est pas faut.

_ En grandissant tu découvriras chaque année de nouveaux horizons, de nouveaux copains, une nouvelle maîtresse, une nouvelle école. Chaque année ta vie sera un nouveau voyage. Ne veux – tu pas voyager au rythme de la vie ?

_ C’est juste.

_ Les adultes ne savent pas tout, ne connaissent pas tout sur tout. On apprend toujours, cela ne s’arrête jamais. Tout au long de ta vie, ta pensée va évoluer. Ne veux – tu pas prendre le temps d’apprendre vraiment et patiemment ?

_ C’est vrai aussi.

_ Prends le temps. La vie est un long voyage. Ne cherche pas à aller trop vite, tu risquerais de passer à côté des merveilleux trésors que peut t’offrir la vie. »

Alors l’arbre me dépose doucement sur le sol.

Je le remercie, et je reprends mon chemin. Je marche, je sautille, je m’arrête pour observer, je repars. Je marche, je sautille en regardant les merveilles de la nature et de la vie avec mes yeux d’enfants.

(Pour Florian et les enfants papillons dans une salle de classe)

tapis du bonheur

Retour d’école

"A m'asseoir sur un banc cinq minutes avec toi
Et regarder les gens tant qu'y en a ..." (Renaud, Mistral gagnant)

Venir te chercher à la sortie de l’école. Attendre de voir ta petite tête derrière la porte vitrée. Et tu sors, lentement, traînant ton lourd cartable. Ta petite main toute chaude qui se glisse dans la mienne. Tu me racontes ta journée. Sentir le pain du boulanger. Saluer le fleuriste au fond de sa boutique. Et remonter tranquillement la rue.

par la fenêtre

Ski de fond

La vie ressemble à une piste de ski de fond. On chausse et c’est parti. On commence par chercher son équilibre, puis on avance. Chacun à son rythme. Certains ont des facilités et vont plus vite, tandis que d’autres ont besoin de plus de temps et se traînent davantage. Certains auront un handicap et s’arrêteront sur le côté, d’autres essaieront de dépasser leurs limites.

On suit la piste dans les rails tous tracés. Ne pas trop se retourner, pour ne pas se planter ; ne pas trop regarder le bout de ses skis pour avancer. Regarder devant et suivre son chemin.

Parfois on est obligé de sortir des rails et on se retrouve un temps déstabilisé. Parfois ça grimpe. On doit changer de technique, s’adapter, on fait plus d’effort et on est content d’arriver en haut. Parfois la pente est plus raide en descendant. Si on se raidit trop, si on crispe, si on manque de confiance, si on résiste, si on réfléchit trop, c’est la chute assurée. Cela peut être douloureux, mais on finit le plus souvent par se relever, retrouver son équilibre puis repartir. Se laisser glisser. Se faire confiance, en soi et dans son corps. Lâcher prise.

La vie, c’est comme le ski de fond, un jeu d’équilibre où l’on avance inexorablement.

table de travail

« ça va vite ! ça va vite ! ça va trop vite ! »

Tout le monde connaît cette réplique de Josiane Balasko dans les Bronzés font du ski.

C’est exactement ce qui se passe dans une classe de CP pour les 2/3 de la classe. « ça va vite !ça va vite ! ça va trop vite ! »

L’enfant, qui sort de maternelle, se heurte à un rythme qui n’est pas le sien. Il se trouve encombré d’un tas de matériels, d’une multitude de matières, il était acteur de ses apprentissages, il devient logiciel dans lequel on doit rentrer un maximum de données. Il doit passer des évaluations sur des notions qu’il n’a pas étudiées, doit enchaîner sans prendre le temps d’enregistrer. Il a tant à apprendre qu’il n’a pas le temps de souffler entre deux apprentissages. Alors il coince, bugge.

L’enseignant, lui, est soumis au stress des évaluations, du programme, des programmations, du cahier journal, de l’emploi du temps, des manuels, qui se contredisent eux-mêmes dans leur méthode pédagogique. Il a le choix entre relâcher, stresser, compresser le temps, abandonner, déprimer. Peu choisiront de relâcher. Parce qu’à chaque fois qu’ils pensent trouver leur rythme , qu’ils prennent un peu de distance avec le programme imposé, une évaluation nationale survient, une inspection, un collègue, ou un manuel.

Ah, le manuel de maths : une page par jour dans certains fichiers (mes préférés 🤢). Dans la même journée, l’enfant va découvrir une nouvelle notion, la manipuler pour en saisir le concept, et passer à la fiche conceptualisation sur fichier. C’est comme si on disait à un débutant en musique : »Aujourd’hui tu vas découvrir un nouveau morceau avec des nouvelles notes, tu vas t’entraîner sur ton instrument, tu vas le lire dans le manuel, et tu vas l’interpréter devant la classe, demain tu découvriras un autre morceau. »

Ah, le manuel de lecture : un nouveau son tous les deux jours, le découvrir, observer sa graphie, l’écrire, manipuler les syllabes, lire des mots, des phrases, un texte, faire huit exercices de déchiffrage et compréhension, et hop, dans deux jours un autre son.

Sans oublier l’étude de la langue, la poésie, l’écriture, la production d’écrit, les sciences, les arts, le sport, l’anglais, l’informatique …

« ça va vite ! ça va vite ! ça va trop vite ! »

Quand est-ce qu’on respire ?

Et l’enfant ? S’il n’y arrive pas ? Tant pis, pas grave, pas le temps pour les états d’âmes. Soit il s’habitue, soit il ira consulter un orthophoniste, un psychomotricien, un ergothérapeute, un pédopsychiatre. Dans le meilleur des cas, il sera juste « dys » ou « TDA », dans le pire il développera une phobie scolaire et multipliera les soins. Pourquoi tant d’enfants développent-ils des troubles des apprentissages aujourd’hui ? Parce ce que l’école va trop vite.

Je le sais pour être en première ligne. Je suis de ces adultes qui enseignent au CP et je vois le rythme insoutenable imposé à nos élèves. J’essaie tant bien que mal de lever le pieds, mais les manuels, les collègues, les évaluations reviennent sans cesse vous rappeler votre lenteur. Garder le cap. Relâcher sans rien lâcher. Aller à un autre rythme. La marche sera peut-être plus haute pour certains pour accéder au CE1, car ils n’auront pas acquis les notions de stress, de servitude, d’oubli de soi, de stricte obéissance, mais cette année mes élèves apprendront à lire, à écrire et compter dans le respect de leur individualité.

Nos enfants sont comme la planète. Respectons-les. Protégeons-les.

sur le sofa

Envie d’ailleurs

(attention, ça pique)

Elle vient comme ça. Un matin. Souvent on ne l’a pas vue arriver. Si sournoise, elle se cache. Elle attend son heure. On se réveille, on sent qu’elle est là. Mais déjà, on est trop faible pour la renvoyer bouler. Elle vient nous envelopper comme une chaude couverture. On sait qu’il va falloir lutter de toutes ses forces, aller chercher au plus profond de soi pour résister.

J’en ai fait des nuits blanches, des soirées à l’oublier, les yeux cernés, l’haleine alcoolisée, défoncée. Pour faire comme si. Pour vivre sans elle. J’ai voyagé au bout du monde pour la laisser derrière moi. J’en ai fait des analyses pour comprendre son cheminement. Et j’ai réussi. J’ai trouvé une raison de continuer, une lumière pour avancer les yeux ouverts, qui permet de voir de l’autre côté du mur, sans pour autant le traverser. J’ai vécu un temps ainsi. Mais elle est revenue. Elle revient toujours. Elle reste tapie au plus profond de soi.

Reprendre le combat. Chercher à l’éloigner. Se lever, continuer, se coucher et demain recommencer la théorie des petits pas. Pourquoi moi ?Pourquoi revient-elle ? Pourquoi maintenant ? Est-ce héréditaire ? Mes enfants la rencontreront ils ? M’en parleront ils ? J’ai hésité à en avoir, pour ne pas leur transmettre. Continuer à chercher, à comprendre pourquoi. Analyser. Lutter et la voir partir de nouveau.

Au fur et à mesure des années, j’ai compris qu’il est possible de s’en protéger. J’ai construit mes barrières. Toujours plus hautes, comme une forteresse. Se faire aider. La décortiquer. La déconstruire. Se connaître assez pour devancer son retour, sentir le vent tourner et ralentir son rythme, se reposer, dormir, se bouger aussi, puiser sa force dans la connaissance de soi, rester vigilant, garder l’esprit ouvert. Regarder le passé et être fier des épreuves surmontées, regarder le futur, mais pas trop loin pour ne pas paniquer. Garder près de soi ses victoires, ses espoirs comme un phare. S’entourer. S’appuyer sur une épaule solide. E trouver une raison d’être. Une passion de vie. Un équilibre. Aligner son âme et son corps. Et si elle venait de là finalement ? De ce déséquilibre de l’être et de l’âme ? Construire sa forteresse. Garder une lampe allumée, grimper de temps en temps en haut de la tour pour surveiller l’horizon, et retarder le plus longtemps possible l’envie de suicide.