tapis du bonheur

Jour de neige

Tout s'arrête. 
La neige nous invite au calme,  
à ralentir nos gestes, 
à nous recentrer en nous même. 
Accepter de changer son programme. 
Ne pas lutter. 
Se poser.
Méditer devant les flocons virevoltants. 
Vivre la spontanéité du moment. 
Se réjouir de l'excitation des enfants. 
Sortir bottes et gants. 
Aller en nature.
Ecouter le craquement sous ses pas, 
le silence de la forêt, 
laisser des traces, 
avaler les flocons, 
modeler un bonhomme de neige. 
Puis rentrer au chaud ,
partager tartines et chocolats chauds. 
Lire une histoire, 
au coin du feu, 
blottis sous un plaid. 
coussin poétique

Pour toi, la vie

Je voudrais te donner mes bras
pour porter tes tracas

Je voudrais te donner mes jambes
pour que tu avances sans que tu trembles

Je voudrais colorer ton univers
être ton rayon de lumière

Je voudrais être une étincelle
pour te rendre la vie plus belle

Je voudrais ressembler à Elmo
avec son rire si rigolo

Je voudrais être une cane à pêche
pour aller  à ta recherche

Je voudrais être un rayon de lune
pour éclairer ton quotidien nocturne

Je voudrais être le printemps
pour t'aider à renaître doucement

Je voudrais être un cri
pour expulser ce qui te nuit

Je voudrais être une larme
pour nettoyer ce qui te désarme

Je voudrais enlever tes douleurs
et libérer ton cœur

Je voudrais chasser ta peine
toutes tes colères, tes haines

Allez, il faut te réveiller
ta force, au fond, aller puiser

Je sais que je suis partie
j'avais besoin d'un abri

Je n'étais moi même pas en état
d'écouter ce qui ne va pas

J'ai cru que tu voulais m'oublier
ailleurs je me suis réfugiée

Je n'ai pas vu ta fragilité
j'ai cru que tu pourrais surmonter

J'ai cru que tu avais la même force que moi
j'ai cru que j'étais toi

J'ai gommé nos différences
ma petite jumelle de mon enfance

J'ai cru que tu pouvais tout écouter
pourras-tu un jour me pardonner ?

J'en crève de te voir t'enfoncer
te regarder te noyer sans rien t'apporter

Allez, il faut te réveiller
on retournera s'amuser

Je sais que c'est une sacrée épreuve
mais dis-toi que ta vie sera toute neuve

Dis-toi que tu peux tout recréer
piocher de nouvelles cartes à jouer

Regarde au loin l'horizon
garde la cap dans ton champ de vision

Fais revivre ton imagination
pour créer un monde à ta façon 

Ne te retourne pas sur le passé
continue ton chemin pour avancer

Aujourd'hui tu oses un premier pas 
demain un autre, doucement tu y arriveras

Allez, réveille-toi
regarde moi, je suis là, pour toi

Allez, réveille-toi
c'est maintenant, vas-y, va...



hamac aux histoires

Au fil de l’eau

Matin de printemps. Les branches roses du cerisier du Japon, dansent devant ma fenêtre ouverte. Les rayons de soleil, les parfums des fleurs viennent me dire qu’il est temps de partir en voyage. Mon baluchon est prêt depuis longtemps. J’attendais le bon moment, et c’est ce matin.

Je grimpe dans la barque qui patientait sur la rive au fond du jardin. Je saisis les rames et m’élance. Cela secoue un peu au départ, le temps de trouver mon équilibre, une fois à gauche, une fois à droite ; suivre le courant accélérer, ralentir au gré de l’eau, se laisser porter , toujours en équilibre. L’onde s’apaise, se laisser glisser et trouver la paix, la sérénité.

Au bord de l’eau, sur la rive , se tient une petite fille qui me regarde. Comme si elle m’attendait. Je m’approche, elle monte dans la barque, sans rien dire. Elle s’assoit, me tournant le dos, face au paysage, en silence. Peut-être s’est-elle perdue, peut-être cherche-t-elle sa mère ?

Nous voguons au fil de l’eau, et je lui montre les beautés du paysage, là un arbre en fleur, ici un château médiéval, tantôt une cascade, par là un rocher monstrueux. Elle observe, les yeux grands ouverts. Et nous flottons au gré des merveilles alentours. Sa bouche reste fermée, mais ses yeux sourient émerveillés.

Je lui propose alors de se retrouver de temps en temps pour écrire des histoires avec elle. D’un coup, elle se retourne, me fixe droit dans les yeux, et ses mots sortent :  » C’est vrai, tu ferais ça pour moi ? » Tout son visage rayonne. Je lui prêterai du temps et ma main, elle me donnera des idées, des histoires sur tout ce qu’elle voit. Elle sourit quand je la dépose devant son jardin au bord de l’eau. Je vais continuer mon voyage. Mais je reviendrai souvent m’asseoir sur un rocher, un cahier à la main, pour écrire, avec elle, nos histoires.

coin des petits

ça promet, et en plus ils ont raison

Des petites phrases que j’aime tant :

  • Romain (8 ans) avec son père exaspéré d’appeler son fils : »Romain ! On est à table ! » Réponse : « Oui, je sais où vous êtes ! »
  • Romain pour moi : « Fais comme tu veux Maman, si t’as pas envie, t’as pas envie. »
  • Conseil de Clément (13 ans) à son frère : « C’est bien de vouloir arnaquer Maman, mais quand tu le fais, fais le bien. »

Une petite de saison :

  • Thomas (11 ans) avec Romain : « C’est bientôt le nouvel an chinois. » Réponse : »Comment ça, c’est le nouvel an chez toi ?! »
tapis du bonheur

L’omelette aux champignons

Retour de marché. Battre les œufs en omelette, y ajouter du persil, assaisonner et réserver. Rincer les girolles, les couper grossièrement. Faire fondre le beurre dans la poêle, ajouter l’ail pressé et le sel. Y faire revenir les girolles et les faire suer. Respirer. S’arrêter un instant. Respirer encore. Se remplit de l’odeur des champignons.

Je n’ai pas dix ans. Un après-midi à la petite cabane de Terreau, dans la Sarthe. Nous passons le jardin avec son vieil arbre tordu, et traversons ce grand fossé qui permet l’accès aux bois. Pourquoi ce fossé m’effraie-t-il tant : par ra profondeur, ou par cette porte ouverte sur l’immense et sombre forêt qu’il représente ? Les adultes nous aident à le franchir. La forêt. Ses allées végétales. Le rayon de soleil à travers la canopée. Les feuilles qui craquent. L’odeur de l’humus. Les couleurs automnales. Le chant d’un oiseau. Les bruissements du feuillage. Ces arbres majestueux qui s’élancent vers le ciel. Au signal de mon oncle, nous quittons l’allée principale pour nous enfoncer dans les sous-bois. Nous posons les paniers et écoutons ses conseils pour trouver les champignons. Les noirs pour les trompettes de la mort, les jaunes pour les girolles, peut-être trouverons-nous des bolet ? Les autres, nous n’y touchons pas. C’est à celui qui en ramassera le plus, qui trouvera le plus gros. Chanceux sera celui qui tombera sur cep. Cette année est une année à champignons. Les paniers garnis, nous faisons demi-tour. Nous repassons l’effroyable fossé. De retour dans la maison de Madou, mon oncle préparera notre cueillette et l’odeur de la cuisson se répandra dans la grande cuisine familiale avec sa cheminée et sa table centrale. . Cousins, oncles et tantes, parents, et Madou se réuniront au dîner autour de ces magnifiques omelettes aux champignons.

Quand l’eau s’est évaporée, ajouter les œufs battus. Cuire à feu doux. Ce ne sera peut-être pas la même recette que celle de mon oncle, ni la même effervescence d’un retour de cueillette, mon fils me réjouira en disant : »C’est trop bon, l’omelette aux girolles. » Les yeux fermés, le sourire aux lèves, je rêve encore à cette immense forêt et cette petite cabane au détour d’un chemin.

PS. Avant de partir en cueillette, respectez les propriétés privées (j’ai mis des années avant de comprendre que ce bois appartenait à ma grand-mère) et aillez une cueillette responsable 😊

table de travail

La boule au ventre et les papillons dans les yeux

Lundi 2 novembre 2020. Il fait gris ce matins, nuageux, un vent d’automne. Pas de soleil pour éclairer cette journée qui s’annonce difficile. Je pars travailler la boule au ventre. C’est la rentrée : je prépare ma classe. 8h20. J’accueille mes petits CP dans la cour. J’en ai mal au cœur de les voir arriver en courant avec leur masque, pressés de se laver les mains ? pressés de se ranger ? ou pressés de me voir ? Ils sont tous avides de me raconter Halloween et leurs vacances, de me me montrer leur masque. On essaye d’en plaisanter : là, un fantôme, un autre est un squelette, des licornes. Les parents se sont démenés pour trouver des masques rigolos. Certains n’en ont pas, les familles les plus démunies. La directrice a pourvu un stock pour ces petits là. Lavage de mains, l’appel et et c’est reparti. Mais je n’entends pas les enfants assis au fond de la classe, alors je bouge beaucoup, être plus mobile pour ne pas les amener à porter leur voix. Il y a moins de chahut, certains ne parlent plus. Je leur explique les gestes barrières, la comptine du lavage de mains, je me refuse à faire tout un cours sur le port du masque. Ils ont déjà compris.

Emploi du temps : il n’y aura pas de gymnase aujourd’hui. En fait il n’y aura plus de gymnase : un mur interne s’est écroulé pendant les vacances emportant la vie d’une petite fille. Nous ferons sport dans la cour. J’écoute leurs propos, leurs réactions. Nous en reparlerons cet après-midi.

11h. Heure de sport dans la cour. Le temps s’arrête. Seuls le vent et les feuilles continuent leur danse macabre. Mes élèves respectent cette minute de silence, seuls dans leur tête à se demander pourquoi. Entre consignes sanitaires, mort au gymnase, et le retour à la lecture, je n’ai pas eu le temps d’aborder l’affaire Samuel Patty. Je leur expliquerai cet après-midi. Le sport et la vie reprennent. Je leur autorise le masque sous le menton, contre l’avis de ma direction. Je le sais.

Je les regarde courir et à ce moment précis, je n’ai qu’une envie : partir. Claquer ma dém. Faire autre chose. J’ai honte d’être l’adulte qui leur inflige ce masque, le deuil, la tristesse, de faire rentrer la violence dans leur innocence, leur joie de de vivre. Partir. Mais qui sera là demain pour eux ? Qui leur fera classe si je m’en vais ? Nul n’est irremplaçable, mais il n’y a plus de remplaçant. Ils m’apportaient leur joie des vacances, Halloween, citrouilles et sorcières, je leur apporte contraintes, mort, terrorisme. Je les regarde courir, j’ai honte. J’ai la boule au ventre, les larmes aux yeux.

15H. La lecture et les maths achevés, nous reprenons les sujets difficiles de la journée. Pourquoi a-t-on fait sport dans la cour ? Les enfants en savent plus que moi sur la chute du mur. C’étaient leur salle de judo pour certains. On parle de cette petite fille, elle avait 6 ans comme eux. Pourquoi a-t-on fait une minute de silence ? Je les laisse me raconter ce qu’ils savent. La plupart connaissent les faits, mais tout se mélange un peu. Je replace les événements dans l’ordre, simplement : non, ce n’est pas un enfant qui a tué un professeur, ce n’est pas non plus les enfants qui ont donné l’arme à l’assassin. Nous parlons beaucoup du rôle des enfants dans cet événement, c’est ce qui semble les avoir le plus perturbés. Puis nous ouvrons le débat sur la liberté, sur l’école, sur leur façon de voir le monde. Ils ont tant à dire, c’est passionnant. Je termine cette journée avec une histoire rigolote « L’école, à quoi ça sert ? » .

Nous en reparlerons demain. Demain j’aurai poussé les tables pour avoir plus de distance entre eux et faire des pauses masques, pour adapter nos contraintes à leur besoin d’enfant, ma salle est spacieuse c’est une chance. Demain nous reparlerons pour ceux qui le souhaitent de nos émotions. Demain, nous découvrirons le planisphère et le globe terrestre (lumineux, c’est magique) pour faire voyager notre mascotte autour de la Terre, nous replacerons les pays connus des élèves et découvrirons ceux qu’ils veulent apprendre à connaître. Nous verrons le pays de H…, petite fille discrète Japonaise qui aura tant à raconter. Nous apprendrons que le Maroc n’est pas une insulte ou juste un mot rigolo, mais un pays, celui de A…, fier de venir le voir sur la carte. Demain, ils trouveront ce livre dans le coin bibliothèque de la classe : « la liberté ».

Pour aujourd’hui, il est 16h20. Quand N…, petite fille émotive en difficulté, me dit, avec le sourire (sous son masque), que c’est déjà l’heure des mamans, qu’elle n’a pas vu le temps passer, je me dis que oui, c’est pour ça que je suis toujours là, que je serai là demain.

Et c’est avec les papillons dans les yeux, fière d’être leur maîtresse, de leur avoir enseigné les apprentissages dits fondamentaux, mais aussi de les avoir écoutés, donné cet espace de parole, d’avoir partagé nos émotions, échangé notre regard sur le monde, que cette journée s’achève, que je pousse mes meubles, que je travaillerai cette nuit pour refaire mon emploi du temps et y inclure plus de temps « bien être », que je me lèverai demain et les jours suivants, que je suis professeur des écoles.