coussin poétique

Invitée

Elle est arrivée avant hier, en fin d’après-midi, avec ses bagages gris et sa fraîcheur. Nous nous préparions à la recevoir. Nous étions sur la terrasse, nous la rangions en conséquence. A peine a-t-elle franchi la grille du jardin, nous avons su qu’elle s’installerait chez nous un bon moment.

Quand elle vient ainsi, aussi douce et lourde, elle me rappelle mes souvenirs d’Afrique. Là-bas, c’est toujours une joie de la voir arriver. Les enfants crient et courent pour l’accueillir. Ici, nous avons tendance à nous cacher, à nous protéger, mais il est vrai que sa froideur nous agace souvent.

Elle est arrivée avant hier, elle est encore là aujourd’hui. J’aime son odeur, ses bienfaits, tout ce qu’elle va laisser derrière elle. J’aime son murmure, je pourrais l’écouter pendant des heures. Bien sûr, nous irons moins au jardin, nous resterons douillettement à l’intérieur pour la regarder. La pluie.

coussin poétique·par la fenêtre

L’invitation dans le jardin

Il est des fleurs de printemps que l’on voit chaque année.

Il est des fleurs qu’on redécouvre dans son jardin.

Il est des des enfilades de cerisiers à proximité.

Et la coronille si odorante que je ne pouvais jamais sentir.

Impossible de regarder ailleurs qu’autour de soi.

Le paradis vivant de nos jardins.

« Là, tout n’est qu’ordre et beauté, luxe, calme et volupté. »

coussin poétique

Enfin

C’est le silence. Plus un bruit. Neige-t-il ? Non, par la fenêtre ouverte, le soleil est là. L’air embaume l’arrivée du printemps.

Plus d’avion dans le ciel, plus de train au lointain. Les rues sont désertes de véhicules, de passants. Les rideaux sont baissés.

Les oiseaux, les bourgeons, les abeilles reprennent leurs droits.

Seuls signes de vie, du temps qui passe.

La nature se réveille.

Plus un bruit humain, comme seul au monde.

Et si nous écoutons bien, si nous tendons l’oreille, nous pouvons entendre la terre enfin respirer.

coussin poétique

Comme c'est étrange

Comme c’est étrange de se dire à bientôt plutôt qu’à lundi,

comme c’est étrange de ne pas savoir quand on va se revoir,

comme c’est étrange de ne pas compter les dodos avec ses petits élèves de 4 ans avant de se retrouver,

comme c’est étrange de leur préparer des petits devoirs à faire à la maison,

étrange de faire un métier « humain » et de devoir travailler en ligne,

étrange de vivre un PPMS (Plan Particulier de Mise en Sûreté) national,

étrange de voir les magasins se vider, de craindre la pénurie, alors qu’on est les champions de la surconsommation,

étrange de ne rien programmer alors qu’on gère des emplois du temps de ministre,

étrange d’avoir du temps, seul, en famille, avec ses enfants,

étrange d’éteindre le réveil alors qu’on n’est pas en vacances,

étrange de devoir rester chez soi

étrange de vivre dans l’hyper communication et de rester isolé,

étrange de vouloir se réconforter alors qu’on ne peut se toucher,

étrange de voir le printemps arriver alors que le temps s’est arrêté,

étrange de vivre autrement,

étrange de penser autrement.

coussin poétique

Quai de gare

J’me sens bizarre à l’intérieur

quand j’te laisse sur l’quai d’la gare

j’ai mal au ventre, j’ai mal au cœur

j’ai le sourire au bord des larmes.

Pour une journée, pour une semaine,

que tu sois seul, avec tes potes,

c’est toujours la même rengaine

cette lame de fond qui, loin, m’emporte.

Tu dois grandir et je le sais

avec confiance et liberté

et je suis fière de te guider

dev’nir adulte et t’envoler.

Mais quand tu prends ta vie en main,

te regarder, te voir partir,

au fond de moi ça me déchire,

l’amour d’une mère pour son gamin.

coussin poétique

Il ne reste rien

Il ne reste rien au fond de moi,

Qu’un trou noir, pas d’espoir.

Le vide, infiniment vide.

Il n’y a plus de souvenirs, plus de lever de soleil derrière la montagne, plus de reflets sur le lac, plus de randonnées, de baignades, de ricochets, d’odeurs de fromage, de chute de luge, de verres en terrasse, de glaces, de levers de lune, d’étoiles filantes, de tours en voilier, de barrages sur les torrents, d’odeurs de pins, de mûres du jardin, de chants du coucou, de flocons de neige, de tulipes au printemps, de rires d »enfants, de souvenirs.

Il ne reste que l’orage qui éclate, la pluie à verse, le gris du ciel, l’odeur humide.

Ils ont vendu, ils ont signé.

Il ne reste rien.