hamac aux histoires

La porte

Elle est assise, dos à la porte. Depuis combien de temps est-elle là ? Quelques jours ? Quelques semaines ? Quelques années ? Assise.

De temps en temps, elle lève le nez, elle se redresse, regarde par le trou de la serrure, touche la poignée, la tourne, puis relâche et se rassied. Dos à la porte.

Partout sur cette porte, des mots, des dessins, des tâches noires ou colorées, autant de rêves et de désespoirs.

Il arrive qu’elle se dresse face à la porte pour hurler sa souffrance de ne pouvoir l’ouvrir, ses poings venant frapper le bois, ses larmes s’éclatant sur le revêtement. Parfois elle s’endort sur son seuil. Parfois elle écoute ce qui se passe derrière en y collant l’oreille.

Si quelqu’un vient à y frapper, elle hésite, sans jamais ouvrir.

Cette porte, sa porte, si réconfortante, si emprisonnante. Sa main, ses yeux en connaissent chaque centimètre.

Et puis un jour – pourquoi ce jour là ? – elle se lève, se met face à la porte, saisit la poignée, regarde cette poignée, la tourne, et d’un coup, d’un geste décidé, ouvre grand la porte. Face à la magnificence du monde qui s’ouvre devant elle, elle franchit le seuil, et va…

Dans la forêt

La voix des arbres – jour 3

Venez. Pénétrez notre univers. Marchez parmi nous. Arrêtez-vous quand un endroit vous plaît. Ecoutez. Regardez. Ressentez.

Choisissez un arbre, un parmi nous. Vous laissez nous approcher. Doucement. Respectueusement. Sentir votre main sur notre tronc. Vos yeux nous caresser du regard. Vous laisser vous adosser contre nous. Aspirer votre fatigue, vos angoisses et vos peurs. Et vous régénérer.

Vous payez des psys, vous claquez un budget en thérapie. Vous y passez du temps. Alors que nous, les arbres de la forêt, avons le même pouvoir d’écoute. Et nous allons même au-delà de cette écoute : nous avons le pouvoir de guérison. Nous aspirons vos doutes et vos craintes et en échange nous vous insufflons une énergie nouvelle. De la même façon que nous aspirons votre gaz carbonique pour vous redonner de l’oxygène.

Pour cela, il suffit de venir nous voir. Nous donnez un peu de temps. En choisir un parmi nous et vous poser contre lui.

Dans la forêt

La voix des arbres – jour 2

Je suis un arbre parmi tant d'arbres.
Nous sommes des millions comme vous sur la planète.
Des millions et pourtant chacun est unique, a son unicité propre comme vous. 
Vous avez votre ADN, vos empreintes digitales.
 Nous avons nos racines, notre sève, notre tronc.
Vous avez votre couleur de peau, vos cheveux, vos yeux.
Nous avons notre feuillage, notre branchage, notre écorce.
Vous avez votre passé, nous avons le nôtre.
Votre futur est menacé, le notre aussi.
Mais vous, vous pouvez faire quelque chose.
Nous nous ne pouvons que vous regarder, 
nous détruire tous, 
ou nous sauver tous. 

Vous ne vous supportez pas d'un pays à l'autre.
Nous arrivons à vire ensemble depuis la nuit des temps.
C'est pourtant simple : 
il suffit de vivre dans la simplicité,
dans la juste mesure,
dans le respect de l'autre,
dans le partage des biens.
Aidez-nous,
Aidez-vous. 
Dans la forêt

La voix des arbres – jour 1

Nous sommes là depuis la nuit des temps, depuis le commencement, avant vous. 
Avant tout autre forme de vie. 
Depuis la création. 
Quand tout a commencé.

Nous demandons le respect, le respect de nos vies, de la terre. 
Nous sommes les racines du monde sans qui rien ne peut survivre.

Vous nous arrachez pour faire des meubles, de la surproduction alimentaire.
Vous nous apportez le  bruit qui nuit à notre communication.

Laissez-nous en paix. 
Sans nous, vous n'êtes rien que des êtres assoiffés.

Nous sommes la vie. 
Si vous aimez la vie, aimez-nous aussi. 
hamac aux histoires

Un choix d’amour

Faire un choix, c’est renoncer. renoncer à une projection, une part de rêve, un bout de soi-même.

C’est accepter de remettre à plus tard. Laisser filer un chemin et en prendre un autre. Les deux se retrouveront ailleurs, plus tard. Etre là aujourd’hui pour ceux qu’on aime et qui ont un vrai besoin de nous, parce que c’est ce qui compte.

Et alors savoir pourquoi on fait ce choix. Ne pas l’oublier, ne jamais l’oublier.

Une petite histoire ci-jointe pour accompagner cette réflexion :

Merci à Marie-Laure, Pascale et Gaëlle pour l’inspiration 😊

coin des mamans·coin des petits·tapis du bonheur

Le Yes day

Yes Day - film 2021 - AlloCiné

Nous adorons passer nos vendredis soir autour d’une pizza maison et d’un film choisi ensemble. Nos enfants grandissant, nous sommes passés de Bob l’éponge aux films pour préado. C’est ainsi, qu’il y a deux semaines, nous avons regardé le Yes day, film ado américain. Le sujet du film est simple : pendant une journée, les parents doivent dire oui à tout ce que leur proposent leurs enfants. Evidemment, dans le film tout part en cacahuète.

En allumant notre téléviseur ce soir là, nous n’avions pas envisagé que la première chose que les enfants nous diraient une fois le film terminé : « Et si on faisait … un yes day ? »

Ben voyons… Ben voyons …

L’anniversaire de notre deuxième, 12 ans, tombant, encore une fois pendant le confinement, nous avons cherché une journée originale. Nous avons donc accepté ce Yes day. Les enfants étaient fous de joie. Et nous, nous prenions très peu de risques : confinement à 10 km, pas de copains, un dimanche sans magasin, pas de Mickeyland en vue. Un Yes day sous contrôle.

Les enfants avaient établi le programme, des règles pour les parents (1H maximum de téléphone par jour, dire non ou crier signifie une disqualification, si les deux parents sont disqualifiés, les enfants gagnent le droit d’avoir leu propre chaine Youtube), et nous des règles pour les enfants (limite sonore, limite en euros, pas de dégradation, pas plus d’une journée).

Ainsi avons nous passé la journée à faire du vélo, à construire un parking géant pour les petites voitures : garer toutes les voitures de la caisse, et les faire rentrer une à une le soir dans la caisse (il ne manquait que l’odeur du cuir de la voiture et les coup de gueule de mon mari, et on se croyait sur l’autoroute A13, un dimanche soir), à faire un concours de Légos (une réalisation sur le thème des méchants à créer en 30 mn), un concours de danse (je n’ai jamais vu mon mari danser comme ça), manger Mac Do à midi, et des pates carbo le soir, cuisiner un gâteau au chocolat, et finir par une soirée jeux de société.

Nous avons tolérés qu’ils n’aident pas au quotidien de la maison, 2h d’écrans dans la journée, les sauts sur le canapé, les spaghettis avec les doigts, les doubles cheeseburgers, les jeux jusqu’à minuit, l’excitation dans le salon, les disputes où nous n’intervenons pas, le vélo en tee-shirt par 9°C extérieur.

Les avantages :

  • nous avons passé 90% de notre journée avec nos enfants, sans les partager avec nos téléphones, emploi du tems, contraintes. Nous avons été entièrement présents pour eux
  • nous avons découvert que nos enfants sont super raisonnables (trop peut-être)
  • j’ai vu que ma limite première est la fatigue (jouer à 23h à Blanc Manger Coco junior devient difficile) et celle de mon mari est la nourriture (ne pas pouvoir reprendre des pâtes l’a disqualifié)
  • nous avons découvert que si nous ne les rappelons pas tout le temps à l’ordre, ils faisaient les corvées d’eux mêmes : tous les jeux sortis ont été rangés sans rien demander
  • nous avons dû modifier notre façon de parler et transformer nos phrases négatives en phrases interrogatives.
  • nous leur avons donné le pouvoir du oui
  • nous avons passé une excellente journée en famille

Les inconvénients : aucun

Petits conseils pour les parents qui souhaiteraient tenter l’aventure :

  • pour les parents joueurs, regarder le film en famille et sauter dans l’aventure ; pour les plus frileux, regarder le film avant de le montrer aux enfants (il montre la version que nous n’avons pas vécue)
  • commencer un dimanche de confinement
  • faites confiance à vos enfants et amusez-vous

tapis du bonheur

Un autre regard

Nous aurions dû fêter la journée en famille, autour d’un repas pantagruélique. Nous nous serions retrouvés, nous aurions ouvert le champagne, nous aurions discuté, nous n’aurions plus faim dès l’apéro, nous aurions goûté des mets délicieux, les enfants auraient battu leur record de chocolats ramassés à la chasse aux œufs, il aurait fait beau ….

Nous aurions dû, mais …

Ecouter un concert d’oiseaux à l’aurore

Méditer dans un endroit paisible

Aller chercher les croissants tout chauds du petit déjeuner

Chercher les œufs encore en pyjama

Cuisiner un gâteau avec les enfants

Sentir l’odeur du poulet cuisant dans le four

Ouvrir une bonne bouteille de vin

Faire une sieste sans scrupules ni complexes

Sortir à vélo dans la forêt

Observer la floraison des bourgeons

Découvrir un nouveau chemin

Prendre la plume et dessiner

Prendre soin de son jardin ou de son intérieur

Prendre soin de soi …

Nous aurions dû, et cela ne remplacera pas l’absence des proches, mais ne pas regarder le verre à moitié vide, le remplir de tout ce que le présent peut nous offrir au quotidien.

Tout est une question de regard.

hamac aux histoires

Et hop !

Ouh là ! Oups ! Hop ! Je saute, je file, je saute, je suis mon chemin, rien ne peut m’arrêter. Hop ! Je saute, je file ! Je vais toujours plus vite, plus haut !

Tiens un lapin ! Je le suis sur le chemin. Il bondit, je bondis. Nous sautons par dessus les fleurs, les cailloux.

Et maintenant un kangourou. Je saute avec lui, toujours plus haut ! Plus je saute haut, plus je grandis !

Et je vois ce que voient les adultes, de leur monde d’en haut. Avec leurs grands yeux d’adulte, tout parait plus petit : les fleurs, les flaques d’eau, les haricots verts.

Je saute maintenant plus haut que les adultes. Je suis plus grand qu’eux. Je voudrais toucher les nuages.

Hop ! Je saute, je file, je saute toujours plus haut ! Aussi haut que les nuages ! C’est alors qu’une branche d’arbre m’attrape par la capuche.

« Pourquoi sautes-tu comme ça ? me demande l’arbre.

_ Je veux grandir, je veux être grand come les adultes, je ne veux plus être petit.

_ Pourquoi ne veux – tu plus être petit ?

_ J’ai envie de savoir, de bouger où je veux, de découvrir de nouveaux horizons, de connaître tout sur tout, de faire ce que je veux !

_ Tu découvriras rapidement que les adultes ne font pas tout ce qu’ils veulent. Eux aussi ont des lois et des contraintes, ils les choisissent plus ou moins, mais elles guident leurs pas. Ne préfères-tu pas ton insouciance d’enfant ?

_ Ce n’est pas faut.

_ En grandissant tu découvriras chaque année de nouveaux horizons, de nouveaux copains, une nouvelle maîtresse, une nouvelle école. Chaque année ta vie sera un nouveau voyage. Ne veux – tu pas voyager au rythme de la vie ?

_ C’est juste.

_ Les adultes ne savent pas tout, ne connaissent pas tout sur tout. On apprend toujours, cela ne s’arrête jamais. Tout au long de ta vie, ta pensée va évoluer. Ne veux – tu pas prendre le temps d’apprendre vraiment et patiemment ?

_ C’est vrai aussi.

_ Prends le temps. La vie est un long voyage. Ne cherche pas à aller trop vite, tu risquerais de passer à côté des merveilleux trésors que peut t’offrir la vie. »

Alors l’arbre me dépose doucement sur le sol.

Je le remercie, et je reprends mon chemin. Je marche, je sautille, je m’arrête pour observer, je repars. Je marche, je sautille en regardant les merveilles de la nature et de la vie avec mes yeux d’enfants.

(Pour Florian et les enfants papillons dans une salle de classe)

tapis du bonheur

Retour d’école

"A m'asseoir sur un banc cinq minutes avec toi
Et regarder les gens tant qu'y en a ..." (Renaud, Mistral gagnant)

Venir te chercher à la sortie de l’école. Attendre de voir ta petite tête derrière la porte vitrée. Et tu sors, lentement, traînant ton lourd cartable. Ta petite main toute chaude qui se glisse dans la mienne. Tu me racontes ta journée. Sentir le pain du boulanger. Saluer le fleuriste au fond de sa boutique. Et remonter tranquillement la rue.

par la fenêtre

Ski de fond

La vie ressemble à une piste de ski de fond. On chausse et c’est parti. On commence par chercher son équilibre, puis on avance. Chacun à son rythme. Certains ont des facilités et vont plus vite, tandis que d’autres ont besoin de plus de temps et se traînent davantage. Certains auront un handicap et s’arrêteront sur le côté, d’autres essaieront de dépasser leurs limites.

On suit la piste dans les rails tous tracés. Ne pas trop se retourner, pour ne pas se planter ; ne pas trop regarder le bout de ses skis pour avancer. Regarder devant et suivre son chemin.

Parfois on est obligé de sortir des rails et on se retrouve un temps déstabilisé. Parfois ça grimpe. On doit changer de technique, s’adapter, on fait plus d’effort et on est content d’arriver en haut. Parfois la pente est plus raide en descendant. Si on se raidit trop, si on crispe, si on manque de confiance, si on résiste, si on réfléchit trop, c’est la chute assurée. Cela peut être douloureux, mais on finit le plus souvent par se relever, retrouver son équilibre puis repartir. Se laisser glisser. Se faire confiance, en soi et dans son corps. Lâcher prise.

La vie, c’est comme le ski de fond, un jeu d’équilibre où l’on avance inexorablement.