hamac aux histoires·sur le sofa

Pour lui

Je me plains tout le temps. C’est comme ça. C’est ma nature. Quand le réveil sonne, je me plains quand mon café est trop chaud, quand il pleut, quand je râte mon métro, dans les bouchons, au feu rouge, quand j’arrive en retard, quand j’ai trop de travail, quand je n’en ai pas assez, après mon patron, quand j’ai oublié d’acheter du pain, dans la file d’attente, à la mauvaise caisse, quand les enfants font trop de bruit, quand ce n’est pas rangé, quand c’est trop cuit, quand je me couche trop tard. Je me plains quand je fais mes bagages, quand le linge traîne, quand le téléphone sonne. Je me plains tout le temps au quotidien, presque sans m’en rendre compte.

Et là, là, confiné depuis une semaine, je pourrais me plaindre de ne pas sortir, de ne pouvoir faire des courses, de tourner en rond, de rester chez moi. Je pourrais me plaindre. Mais je pense à toi, petit bonhomme, confiné chez toi alors que ton père te bat, que ta mère s’efface de peur de s’en prendre une aussi. Confné avec ton bourreau. Plus d’école pour t’échapper, plus de copains pour t’égayer. Confiné avec lui. Comment vas-tu faire ? Comment vas-tu finir ?

Alors pour toi, je range mes plaintes et mes rancoeurs et je souris. Je souris.

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Le fléau

18h. Je rentre chez moi. Je sais qu’il est là. Au fond, dans le coin du salon. Il attend patiemment.

Pour le moment, j’ai des tas de choses à faire, vérifier les devoirs, doucher les petits, préparer le dîner, gérer les soucis, réconforter, discuter. Je n’ai pas le temps de penser à lui. Il le sait. Ce sont d’abord les enfants qu’il attend.

19h. Ils tournent déjà autour de lui. Dans le coin sombre. C’est leur heure. Juste avant de manger. Déjà son murmure  se diffuse doucement dans le calme de la maison. Pour l’instant tout est encore paisible, cela ne va pas durer. Il va bientôt engendrer du stress, de l’énervement, des désirs qui ne sont pas les nôtres, des disputes et des cris au moment de passer à table.

Il m’attendra, comme chaque soir, après le dîner quand les enfants seront couchés, quand j’aurai fini la vaisselle. Il va lentement m’hypnotiser, me faire miroiter plein de choses, m’angoisser, m’empêcher de penser par moi-même, tuer petit à petit mon libre-arbitre, nuire à mon sommeil. Et Je serai encore plus fatiguée, encore plus fragile face à lui.

20h30. Il est là dans le coin sombre de mon salon, il m’attend près du canapé. Comme chez vous. Comme chez tout le monde.

Le poste de télévision.

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Papoti dans la classe

Un matin printanier dans la classe. Ce matin, ils n’ont pas vraiment envie de m’écouter. Je leur présente un nouveau livre à « l’heure de l’histoire », mais ils ne sont pas dedans. Il y a des matins comme ça, ça arrive. Alors plutôt que de crier, je me mets à les écouter. Je laisse traîner mes oreilles dans leurs conversations d’enfants. Je m’arrête sur Nourredine et Manuella, assis au sol du coin regroupement, tous deux très concentrés sur leurs aventures :

« Moi, ma maman, elle est méchante, dit Manuella.

  • Elle est méchante ta maman ? demande Nourredine
  • Oui, elle est méchante parce qu’elle tape fort.
  • Moi aussi ma maman, elle est méchante, elle tape fort.
  • Des fois elle tape fort, des fois elle tape pas fort.
  • Et ben moi, mon papa, des fois, il tape avec la c…. »

Et le mot chuchoté s’éteint dans le brouhaha. Pas étonnant que mon histoire sur les arbres ne les intéresse pas ce matin.

Des familles que je vais devoir prendre en RDV, pour leur raconter, leur expliquer, leur conseiller de lire les quelques livres que nous avons sur la parentalité. Les liront-ils ? M’accuseront-ils de me mêler de ce qui ne me regarde pas, que dans leur culture c’est comme ça ? Que leur enfant le mérite bien ? Les enfants se feront ils gronder ou taper pour avoir parlé à l’école ?

Si seulement j’avais une loi claire interdisant tout geste de  violence éducative sur laquelle m’appuyer pour protéger mes petits élèves de 3 et 4 ans.

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La suite des contes de fée…

Tout le monde connaît les histoires où la princesse a attendu dans son donjon que son chevalier vienne la delivrer. Ils se marièrent et eurent beaucoup d’enfants. Heureusement que l’histoire s’arrête là.

La suite, la voilà :

Le prince la délivre,  ils s’installent ensemble dans un petit logement de fortune, et elle, comme c’est une fille, fait des tas de projets.

Les premières années, ils sont super heureux. Ils croquent la vie. Ils ont d’abord un, puis deux, voire trois enfants, parce qu’après ça fait beaucoup. Ils achètent une jolie maison dans une banlieue pas chère. La princesse est alors tellement occupée qu’elle ne peut penser  à rien d’autre qu’aux couches, aux biberons,  aux courses, au ménage, au rendez-vous chez le pédiatre, etc.

Un jour là princesse reprend son travail. Elle bosse toute la jouruée,  va chercher les enfants à l’école, aide aux devoirs, va de rendez-vous en activités périscolaires, range sa maison, pépare le dîner,  les soins, le bain, etc.

Elle se lève  de plus en plus tôt et se couche de plus en plus tard, s’irrite pour un rien, s’agite,  ne se pose jamais. La princesse réalise alors qu’ils sont loin ses rêves où elle imaginait être une maman sereine , élevant ses enfants dans un cadre accueillant. Elle se retrouve à travailler pour payer son crédit immobilier, court toute la journée, crie sur ses enfants et prend des antidépresseurs pour supporter un cade de vie devenu trop stressant.  (À suive)

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Il ne va pas bien

Samy ne se plaît pas à l’école. Il est en classe de petite section. A peine rentré en classe le matin, il retourne toutes les caisses de jeux, refuse de ranger, tape ses copains, jette les jouets à travers la classe, fait du bruit, s’agite. La maîtresse est inquiète. Bien sûr elle a rencontré les parents. Elle a demandé l’aide de la psychologue scolaire qui est venue l’observer. Elle aussi est très inquiète. Elle pense que l’enfant aurait besoin de soin. Les autres parents commencent à se plaindre. Les semaines passent, l’attitude de Samy empire. Les autres enfants ont peur de venir à l’école. La maîtresse s’épuise. Le père de Samy refuse de voir que son fils à besoin d’aide. Lui aussi était comme ça petit. Il refuse toute aide que l’école pourrait apporter.

Questions

Comment aider Samy ?

Comment expliquer à certains parents que la génétique n’est pas une fatalité ?

Que leur enfant n’est pas leur clone ?

Qu’il existe aujourd’hui des solutions pour aider les enfants ?

Que leur enfant à besoin d’aide?

 

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Le stylo rouge

Dans une salle d’attente, la femme à côté de moi corrige ses copies. Sa fille lui demande pourquoi l’auteur de la copie avait mis 3 points d’exclamation après son  titre. La prof n’en avait pas la moindre idée.

Son stylo rouge en main, elle corrigeait, entourant, barrant, soulignant de trois ou 4 traits les fautes. Elle appuyait si fort que le stylo l’abandonna,  elle prit alors un feutre rose, et continua,  en mettant plein de commentaires avec des flèches et …. plein de points d’exclamations. !

Question

  • Que va ressentir l’enfant quand il va recevoir sa copie ?

 

Chers profs, arrêtez de torturer les élèves de votre stylo. Vos points d’exclamations,  vos Oh !!!!!!! appartiennent à un autre temps. Il serait temps de passer à la correction bienveillante et intelligente !

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La punition

(Pour aborder le sujet d’une bonne et mauvaise punition, et faire réagir les enfants sur l’injustice)

Je m’appelle Antoine, j’ai 4 ans et je vais tous les jours à l’école, en classe de moyenne section. Le matin je n’ai pas trop envie de venir à l’école, je préférérais rester chez moi.

A l’école, il y a trop de monde, trop de bruit, et je ne peux pas jouer tout le temps avec le camion rouge. Il y a toujours Rémi qui veut prendre ce camion rouge, alors on se dispute et la maîtresse se fâchr. Elle se fâche out le temps la maîtresse, elle ne veut pas que je grimpe sur la table, alors elle m’asseoir tout seul sur une chaise, elle ne veut pas que j’attrape un objet sur le grand bureau, alors elle me crie dessus, elle se fâche quand je mords Lucie, elle m’attrape par le bras quand je cours partout dans la classe. Tout le temps. Un jour, Albin a arraché les pages du cahier jaune de la maîtresse, celui qui s’appelle le cahier d’appel. La maîtresse est devenue toute rouge, elle a crié très fort, a tapé son poing sur la table, elle m’a  regardé avec des yeux tout noirs. Elle m’a  attrapé sous son bras, et elle m’a  mis tout seul dans le grand couloir tout vide.

 

Question

Que s’est-il passé ?

Que ressent ce petit garçon ?

Qu’aurait dû faire la maîtresse ?

Quelles punitions proposez-vous pour la classe ?

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La vieille

C est l’histoire d’une petite vieille qui monte dans un bus. Il est 16h20. La sortie des écoles.  Le bus étant au terminus, des places sont encore vacantes. Un petit gars, environ 11 ans est déjà assis, et comme tous les petits gars de 11 ans, il fanfaronne gentiment avec son copain. Un vrai petit gars de 11 ans.

La vieille s’approche alors de l’enfant, et lui dit dans ses mots et sur un ton très autoritaire:

_ Tu te lèves et tu me laisses ta place !

Le sourire du petit gars s’éteind, il se recroqueville au fond du siège et demande à cette dame de répéter.

_ Bah oui, je suis plus vieille que toi, tu te lèves et tu me laisses ta place !

Le petit gars explique qu’il n’est pas sur une place prioritaire. La vieille va alors retrouver sa copine assise un peu plus loin, demande une place aux places prioritaires et critique haut et fort ce petit gars fort mal poli, et il n’y a plus de jeunesse et patati et patata.

Le bus poursuit sa route.

Au moment de descendre, la vieille se place de nouveau devant le petit gars :

_ T’es vraiment mal poli toi, tu ne m’as pas laissé ta place. T’es un vrai connard, ah ça oui, t’es un vrai petit connard.

(Discussion :

_ Qui est mal poli dans l’histoire ?

_ Que doit ressentir ce petit gars ?)

Suite de l’histoire :

Assise derrière ce petit gars, je n’ai pu m’empêcher de remettre la vieille à sa place, lui disant que si elle avait été plus polie pour demander la place, peut-être que l’enfant lui aurait laissée. Elle a fui mes propos, elle est descendue. Le petit gars aussi, apeuré par cette vieille malpolie.

Chères personnes d’un âge avancé, vous qui incarnez la sagesse, l’éducation ď’un autre temps, le respect, commencez par montrer l’exemple à nos enfants. Votre grand âge ne vous absout pas de politesse. Et ne soyez pas étonnée, si vous parlez aux enfants comme à des chiens, qu’ils vous rendent la monnaie de votre pièce.