coussin poétique

Comme c'est étrange

Comme c’est étrange de se dire à bientôt plutôt qu’à lundi,

comme c’est étrange de ne pas savoir quand on va se revoir,

comme c’est étrange de ne pas compter les dodos avec ses petits élèves de 4 ans avant de se retrouver,

comme c’est étrange de leur préparer des petits devoirs à faire à la maison,

étrange de faire un métier « humain » et de devoir travailler en ligne,

étrange de vivre un PPMS (Plan Particulier de Mise en Sûreté) national,

étrange de voir les magasins se vider, de craindre la pénurie, alors qu’on est les champions de la surconsommation,

étrange de ne rien programmer alors qu’on gère des emplois du temps de ministre,

étrange d’avoir du temps, seul, en famille, avec ses enfants,

étrange d’éteindre le réveil alors qu’on n’est pas en vacances,

étrange de devoir rester chez soi

étrange de vivre dans l’hyper communication et de rester isolé,

étrange de vouloir se réconforter alors qu’on ne peut se toucher,

étrange de voir le printemps arriver alors que le temps s’est arrêté,

étrange de vivre autrement,

étrange de penser autrement.

coussin poétique

Quai de gare

J’me sens bizarre à l’intérieur

quand j’te laisse sur l’quai d’la gare

j’ai mal au ventre, j’ai mal au cœur

j’ai le sourire au bord des larmes.

Pour une journée, pour une semaine,

que tu sois seul, avec tes potes,

c’est toujours la même rengaine

cette lame de fond qui, loin, m’emporte.

Tu dois grandir et je le sais

avec confiance et liberté

et je suis fière de te guider

dev’nir adulte et t’envoler.

Mais quand tu prends ta vie en main,

te regarder, te voir partir,

au fond de moi ça me déchire,

l’amour d’une mère pour son gamin.

coussin poétique

Il ne reste rien

Il ne reste rien au fond de moi,

Qu’un trou noir, pas d’espoir.

Le vide, infiniment vide.

Il n’y a plus de souvenirs, plus de lever de soleil derrière la montagne, plus de reflets sur le lac, plus de randonnées, de baignades, de ricochets, d’odeurs de fromage, de chute de luge, de verres en terrasse, de glaces, de levers de lune, d’étoiles filantes, de tours en voilier, de barrages sur les torrents, d’odeurs de pins, de mûres du jardin, de chants du coucou, de flocons de neige, de tulipes au printemps, de rires d »enfants, de souvenirs.

Il ne reste que l’orage qui éclate, la pluie à verse, le gris du ciel, l’odeur humide.

Ils ont vendu, ils ont signé.

Il ne reste rien.