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Comment faire de l’art avec avec une crêpes party :


Match de Hand, un samedi après-midi. Tournoi des moins de 12 ans.
Je sais qu’il est le lus fragile, qu’il ne marquera aucun but. Je connais le regard des autres parents. Je sais qu’il n’est pas un atout pour l’équipe. Je sais qu’il sera souvent sur le banc de touche. Je sais qu’il perdra quelques bales. Je sais qu’il ne sera pas élu l’homme du match. Je sais aussi le courage des entraîneurs de le faire jouer ce match, le respect de ses copains, son courage à lui de se donner à fond dans ce sport qu’il a choisi, sa fierté d’être sur le terrain, sa fierté parce que je suis venue le regarder.
Et moi, j’ai juste à être là, à l’encourager et à le porter de tout mon amour.
Jeudi. 6H. Réveil. Douche, un jean, un pull, essayer de se faire un peu jolie. Réveiller le mari, les enfants. Préparer le petit déj. Déjeuner. Accueillir le chat du voisin. Regarder la pendule. Vérifier le départ du premier : pass Navigo ? clés ? Ok. Préparer le repas à emporter de ce midi pour éviter les 8 euros de la cantine. Météo ? Dents, clés, chaussures, portable.
7h40. Démarrer la voiture. ça roule bien.
Boulot : préparer la classe : photocopies, aérer, cahiers, emploi du temps, bonjour aux collègues en vitesse.
8h20 : ça sonne. Accueillir mes 23 CP. Faire classe. Phonologie, graphème, service récréation, calcul mental, maths, lecture, poésie. Enchaîner avec la 1/2h d’APC.
12h : aller enfin aux toilettes. Manger.
12h30 : préparer l’après-midi. Cahiers, photocopies. Découpage. Affichage.
13h20 : accueillir mon élève autiste. Comment se sent-il aujourd’hui ? Histoire, écriture, maths, récréation, questionner le monde, production d’écrit, musique. Et rendre tout ce petit monde à 16h30. Avoir entre temps, gérer une crise et nettoyer 2 pipis.
16h40. Corriger. Ranger la classe.
17h30 : retour maison. Accompagner le 3è avec son copain au hand. Rentrer. Gérer le 1er, ses devoirs. Besoin d’aide ? Accompagner le 2è au tennis de table. Passer chercher les légumes à l’amap. Récupérer un colis, faire une course, rentrer. Préparer le dîner. Vérifier que le 1er a bien tout son dossier handicap pour le brevet à rendre demain. Récupérer le 3è. Aller chercher le 2è. Finir de préparer le dîner. Pourquoi ai-je fais des légumes ? les pâtes ça va plus vite ! Checker les devoirs. Checker les douches. Dîner. Ranger la cuisine. Mettre un lave-vaisselle en route (béni soit son inventeur). Vérifier les lumières éteintes.
21H30 : s’installer à son bureau. Vérifier que la journée de cours est prête pour demain. Vérifier la messagerie professionnelle. Saisir sur internet les évaluations nationales CP.
24H. Les dents. Pyjama et au lit.
Et demain, on recommence.
Et puis garder le sourire. Avec quand même parfois l’envie de pleurer de fatigue.
Nous sommes en constante évolution. Rien n’est figé, ni notre corps, ni notre cœur, ni notre cerveau. Tout est évolution.
On ne naît pas pessimiste, aigri, colérique, impulsif, dépressif, triste. On le devient à travers nos épreuves, nos croyances, nos peurs, nos limites. On n’est pas une émotion, on se laisse traverser. On n’est pas une façon de penser, on se laisse évoluer.
Nous pouvons apprendre à voir la vie autrement.
Apprendre à se poser.
Apprendre à lâcher prise.
Apprendre à accepter les obstacles.
Apprendre à accepter le regard d’autrui.
Apprendre à parler correctement.
Apprendre à méditer.
Apprendre l’optimisme.
Apprendre à s’adapter.
Apprendre à se laisser guider.
Apprendre à être bienveillant.
Tout peut s’apprendre, à condition d’en avoir la volonté.
Bien sûr, tout cela se travaille, comme un entraînement sportif. On ne se réveille pas un matin en se disant : »Tiens aujourd’hui, je serai la bienveillance même » et réussir à passer sa journée sans crise de colère ou d’impulsivité. Il y aura des chutes et des rechutes, des mauvais mots, des colères, qu’il faudra accepter pour évoluer. On n’arrive pas à méditer 15 minutes une première fois sans tergiverser dans sa tête, tout comme on n’arrive à courir la première fois 1H sans s’arrêter. Mais tout comme le tennis man va travailler son coup droit, on peut travailler ses mots, son regard.
Ne restons pas figé. Nous sommes en constante évolution. Tout est évolution, nous avec. Laissons-nous, permettons-nous d’évoluer.
Une autre. Encore. Celle-ci est ma 21è.
Tout est prêt. C’est un peu plus facile chaque année. Mais toujours ce moment magique.
Ma fenêtre de classe est ouverte sur la rue, je les entends arriver au compte goutte pour l’instant, avant le flot, dans 5 minutes, quand les portes ouvriront. Regarder les panneaux, chercher son prénom sur les listes, le nom de l’enseignant, et ceux des copains. Les retrouvailles des parents et des enfants.
J’ai encore un peu de temps. Ma rentrée des CP est en décalé pour protéger les plus petits. J’aime les classes de transition : Petite section, CP, Ces nouveaux mondes. Je vais aller aider les CE1 à se repérer lors de leur arrivée dans la cour. Même s’ils ont grandi, tout changement est déroutant.
Une nouvelle année que je souhaite sous le signe du bonheur, de la bienveillance et du bien être en classe. Etre là, rassurante, avec douceur surtout en ce matin si particulier.
Alors que je ferme la fenêtre, j’affiche mon plus beau sourire. Sourire pour rassurer, consoler. Sourire pour accueillir. Sourire.
8h20. La cloche sonne. Les portes s’ouvrent.
Je ne sais pas faire un choix. Je ne l’ai pas appris petite, la vie était alors plus simple, mais aujourd’hui, cela handicape ma vie d’adulte. J’hésite même entre deux yaourts aux fruits.
Dans notre société actuelle, quand on en a les moyens, tout est choix. Faire les courses, regarder un film, acheter une maison … Pour les choix importants, je vais lire des avis, demander des conseils, faire des listes de pour et contre à n’en plus finir avec de savants calculs. Et ce pendant des jours. Au cas où je me tromperais.
C’est ainsi qu’hier matin, je me disais avoir fait le mauvais choix et je ruminais cette décision. Nous devions prendre un bateau pour visiter une île (oui, j’en ai conscience, je n’ai pas une vie difficile). J’ai choisi l’horaire de fin de matinée. Et je ruminais de n’avoir pas pris l’horaire du premier bateau pour avoir une mer plus claire et moins de monde. J’avais lu entre temps un avis qui conseillait de partir à la première heure. J’avais pourtant fait ce choix par amour pour mon mari et mes enfants, l’un ne voulant pas rester 6H sur l’île, les autres étant fatigués et avaient besoin de sommeil.
Le soir, j’ai réalisé que ce choix d’horaire m’avait laissé le temps, au matin, de me réveiller en douceur, de méditer, nager, écrire, laisser dormir les enfants, et en fin de journée d’avoir l’énergie pour me balader dans la magnifique ville de Bonifacio. Il m’a également fait prendre conscience du bonheur d’un rythme doux en vacances et de la richesse de ma vie.
Qu’ai-je manqué ? Une eau plus claire et moins de monde. Est-ce plus important que ma prise de conscience ?
Pour faire un choix, certes, les avis et conseils sont probablement à prendre en compte, mais ne priment pas sur la reliance à soi-même. Se demander :
Un choix d’amour sera toujours un excellent choix. Et puis … se faire confiance, et faire confiance, car au fond, y-a-t-il de mauvais choix ?



Pleine nature. Pierres. Vasques d eau. Ombrage. Sac à dos. Clapotis. Rando. Forêt. Cascades. Feuillage. Rochers. Saut. Libellules. Pins. Fraîcheur. Défis. Barrages. Rires.
Elles sont enfin arrivées !
Réduire son rythme. Taire son mental. Ecouter son corps, écouter son cœur.
Observer. Sentir. Écouter. Toucher. Goûter.
Savourer. Profiter.





