Il est là, dans un coin de la chambre, avec son costume trois pièces, et son chapeau .
Tu te souviens, de son gilet, de sa montre à gousset dans sa poche ?
Il est là, cane à la main, et il attend.
Il attend ton dernier souffle pour t’emmener vers ce si grand voyage. Il est là tout près de toi, n’aies pas peur, tu n’es pas seule.
Regarde. Il sourit et veille sur toi, comme nous le faisons aussi dans cette chambre d’hôpital auprès de toi. Il sera là quand tu seras prête, il n’attend que toi.
J’aurais aimé que tu me racontes encore cette ferme en Normandie, ces chaussures de mariage que tu as fabriquées, ta robe que j’ai vuer en photo. Et lui déjà en costume trois pièces avec un chapeau.
Vous en avez traversé des époques : de la lessive à la main à l’ordinateur portable, du premier frigidaire au micro-ondes, du premier fer à repasser au sèche-linge, du phonographe au smartphone.
Votre maison était si grande pour réunir toute la famille, au 1er janvier, à Pâques, aux anniversaires. Chacun avait sa place, son rôle à jouer, régie d’une main assurée.
Vos trois filles, vos petits enfants qui n’ont manqué de rien grâce à vous. Et tous ces petits arrières qui grandissent si vite et qui profitent encore de l’héritage que vous leur avez laissé.
Il a déjà fait la traversée, et revient vers toi pour venir te chercher.
Mais ce n’est pas encore l’heure. Tu te réveilles lentement. Il s’efface doucement pour laisser place à la vie. Il reviendra.
Il est revenu te chercher définitivement 10 jours après. Sans faire de bruit. Dans la nuit.
Mamie, je te souhaite un merveilleux voyage.






