hamac aux histoires

Le fléau

18h. Je rentre chez moi. Je sais qu’il est là. Au fond, dans le coin du salon. Il attend patiemment.

Pour le moment, j’ai des tas de choses à faire, vérifier les devoirs, doucher les petits, préparer le dîner, gérer les soucis, réconforter, discuter. Je n’ai pas le temps de penser à lui. Il le sait. Ce sont d’abord les enfants qu’il attend.

19h. Ils tournent déjà autour de lui. Dans le coin sombre. C’est leur heure. Juste avant de manger. Déjà son murmure  se diffuse doucement dans le calme de la maison. Pour l’instant tout est encore paisible, cela ne va pas durer. Il va bientôt engendrer du stress, de l’énervement, des désirs qui ne sont pas les nôtres, des disputes et des cris au moment de passer à table.

Il m’attendra, comme chaque soir, après le dîner quand les enfants seront couchés, quand j’aurai fini la vaisselle. Il va lentement m’hypnotiser, me faire miroiter plein de choses, m’angoisser, m’empêcher de penser par moi-même, tuer petit à petit mon libre-arbitre, nuire à mon sommeil. Et Je serai encore plus fatiguée, encore plus fragile face à lui.

20h30. Il est là dans le coin sombre de mon salon, il m’attend près du canapé. Comme chez vous. Comme chez tout le monde.

Le poste de télévision.

Non classé·table de travail

La maternelle

Maman, tu m’avais dit,

Que la mater ce serait super.

Je me ferais plein de copains

Je f’rai d’la peinture et du dessin.

R : Mais pourquoi y-a tant de bruit ?

Mais pourquoi y-a tant d’enfants ?

Moi j’ n’ai pas envie

D’commencer ma vie en stressant.

Maman t’as oublié,

A quel point c’est un enfer

Viens, je me sens abandonné

Viendras-tu me rechercher ?

R :

La maîtresse, elle est gentille

Mais à 30, que peut-elle faire ?

Elle sourit, me tend la main,

Me propose de jouer au train.

R :

Moi, les enfants, j’les connais pas

J’ai pas envie d’les approcher

Ils crient, ils pleurent, font des colères

Renversent tout, jett’ tout par terre

R :

Maman, t’as dit qu’ce s’rait super

C’est tous les jours la même galère

Y a trop de bruit, y a trop d’enfants

La maternelle, c’est trop violent.